La campagne égyptienne, une échappatoire revivifiante !

Hanaa Khachaba Lundi 30 Avril 2018-13:34:43 Chronique et Analyse
La campagne égyptienne, une échappatoire revivifiante !
La campagne égyptienne, une échappatoire revivifiante !

Pour mieux se fondre dans le décor égyptien, passer du temps à la campagne sera une merveilleuse expérience. Faire un séjour de quelques jours chez une famille villageoise du Delta ou du Saïd (Haute-Egypte) apprendra le visiteur tout ce dont il aura besoin de savoir sur l'Egypte, ses profondeurs, ses valeurs et ses humeurs. Une Egypte plutôt verdoyante que désertique, une Egypte sereine à l'air pur, une Egypte plus ou moins maintenue dans son état d'origine. La campagne égyptienne est le miroir authentique de la population. Elle représente un échantillon, le plus fidèle à la réalité, de ce qu'est le peuple égyptien. 

 

Leur vie s’apparente à un véritable travail de fourmi. Travailler la terre ce n'est pas évident. Bien qu'il soit pénible, ce labeur remplit les paysans de bonheur surtout à l'approche de la saison de moissons. Lorsqu'on regarde sa semence bourgeonner, cette sensation de grand accomplissement est inégalable.Le nécessaire du quotidien d'une famille paysanne se limite aux quelques outils de labourage, à un four en terre cuite pour la cuisson et au bétail. Ignorant les commodités des sédentaires de la ville, ils dépendent entièrement de leurs propres mains pour vivre. Le savoir-vivre des villageois est étonnant. A partir de matières de la nature, ils fabriquent leurs ustensiles, leur nourriture et confectionnent aussi leur habillement. 

La plupart des habitants vivent dans des maisons en briques de boue, obéissant à un ensemble de critères censés les rendre le meilleur possible pour un logement. Les murs épais isolent la forte chaleur. Les toits plats, exposés aux vents du nord,servent de dortoirs à la belle étoile au vent frais ainsi que d’aires de stockage. Ils plâtrent les murs extérieurs et les dépeignent souvent en bleu (Une couleur qui éloigne le mauvais œil selon la tradition égyptienne), ou les laissent à leur état naturel, en couleur terre. Leurs habitations simples sont d'un confort tentant. Plantées au milieu d'un décor de palmeraie ou de végétation abondante, les maisonnettes villageoises offrent une vue revigorantetant à l'âme qu'à l'esprit. 

Le teint basané, les mains abîmées, en gardant tout de même le sourire aux lèvres, les villageois égyptiens donnent envie de vivre. Sous l’effet du labourage de la terre, ils épuisent peut-être la douceur de la peau, mais renforcent en revanche la résistance face à la rudesse de leur mode de vie. Ils ne connaissent pas la paresse. A l’opposé des habitants de la ville, les villageois ne cèdent pas à l’état léthargique dans lequel plongent les cols blancs au terme d’une longue journée de travail. La vie à la campagne, soit-elle épuisante, procure de fortes sensations de quiétude et d’épanouissement. 

Lorsqu’un agriculteur devient riche, il investit tout d’abord son argent dans le bétail, pilier fondamental de sa famille. Il pourrait ensuite ajouter un deuxième étage à sa maison. Les villageois qui ont fait le voyage à la Mecque peignent la légende de leur voyage sur les murs extérieurs de leurs bâtisses. Un dessin simpliste, narrant les rites accomplis autour de la Kaaba, et marquant leur fierté d’avoir exécuté un ordre divin. Ces maisons peintes et décorées de l’extérieur sont souvent annexées à une petite mosquée. Elles sont alors les bâtiments les plus distingués du village. 

Pendant que les hommes cultivent la terre sous le soleil de plomb du Saïd (Haute-Egypte), les épouses s’adonnent avec un grand amour à la cuisson. Leur spécialité de renommée mondiale est le fétir mechaltet (une sorte de grande galette feuilletée consommée avec du beurre, du miel ou du fromage). Accroupie devant son four en terre cuite, la villageoise, ne perdant guère son sourire, enchaîne les sorties de la galette du pain et du fétir, en gavant parallèlement la volaille, les oies et les canards. Elle balaie la maison, nourrit les animaux et emmène sa ribambelle d’enfants au plus proche kottab (école primaire de campagne). Contente de sa vie paisible, elle nourrit l’espoir de toute sa famille grâce à son visage gai et son attitude délicat. Ces habitudes commencent hélas à s'estomper progressivement au péril de la modernité. Les boulangeries modernes se font de plus en plus de clients même si des paysannes s'attachent fermement à la fabrication du pain de consommation familiale. 

Les habits des villageoises sont forcément amples. Le climat tellement chaud, elles optent souvent pour des robes vastes fleuries, assorties d’un accessoire simple, un kirdane (un collier), de grandes boucles oreilles et des bracelets. Il est vrai que la parure des villageoises est de qualité très modeste, mais leur confère une grâce féminine incontestable. Simplicité fait beauté, comme on dit! 

Aujourd’hui, l’Etat procède activement à la culture d’un million et demi de feddans. Le souci d’agrandir le poumon de verdure de l’Egypte est majeur dans un temps où la surpopulation des villes égyptiennes devient préjudiciable aux objectifs du développement. L’expansion de la campagne égyptienne aura certainement des impacts très positifs autant sur l’augmentation de la production que sur la qualité de vie des citoyens. Ces derniers s’impatientent pour fuir la capitale et les villes surpeuplées en quête d’un milieu paisible et revivifiant. 

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